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12 rouges méditerranéens: Vignobles phénix

Les vignobles du pourtour de la Méditerranée revivent. Il n’a pas été difficile de trouver en supermarché une douzaine d’échantillons très différents.

Ils renaissent, tel le phénix de ses cendres, ces vignobles du pourtour de la Méditerranée. Leur surface cumulée équivaut au plus grand pays viticole de la planète, l’Espagne – 1,18 millions d’hectares (lire encadré). Et c’est un petit pays, le Liban, qui tire le mieux son épingle du jeu.

Le retour des Phéniciens
Juste retour de l’histoire, quand on sait que les Phéniciens y résidaient, 1400 ans avant J.-C., et qu’ils colonisèrent la Méditerranée, fondant Carthage, leur refuge après la prise de Tyr par Alexandre le Grand (en 322 avant J.-C.). Ces Phéniciens implantèrent la vigne – liane sauvage domestiquée pour la première au centre de l’Asie – jusqu’en Afrique du Nord, d’où vient le deuxième vin de notre dégustation.

Le rappel historique s’arrête là. Car, au Liban, le redémarrage de la culture de la vigne est plus récent. Au Château Ksara, dans la plaine de la Bekaa, à près de 1000 m d’altitude, des jésuites français ont réaménagé le vignoble en 1856 – d’où ce Prieuré, troisième vin classé. Le château aurait dû fêter ses 150 ans, mais il a repoussé cette échéance, en raison de la situation politique tendue dans ce pays, surnommé naguère «la Suisse de l’Orient». Quant à Kefraya (huitième), il appartient au chef druze Walid Joumblatt, tandis que Massaya est piloté par des Bordelais et des Rhodaniens. La première place revient à un autre pionnier, Château Musar (fondé en 1930), situé non pas dans la plaine de la Bekaa, mais sur la côte méditerranéenne, au nord de Beyrouth. Pour chacune de ces propriétés, seul le vin d’entrée de gamme a été dégusté. Les «grands vins», eux, sont vendus entre 30 fr. et 80 fr. la bouteille.

Avantage aux cépages rhodaniens
Ces cuvées d’entrée de gamme misent sur des cépages des Côtes-du-Rhône, syrah, carignan, cinsault (majoritaires tant dans la Cuvée rouge de Musar que dans le Prieuré de Ksara), avec un appoint de cabernet sauvignon (20%).

Cet encépagement rhodanien est aussi celui des ex-colonies françaises que sont la Tunisie et le Maroc (et l’Algérie, absente ici). Le Château Mornag, à côté de Tunis, et le Domaine de Sahari, près de Meknès, au pied de l’Atlas – d’où sont issus les deux tiers des vins marocains – sont d’heureuses surprises et le signe du renouveau de ces vignobles, après quarante ans de flottement. Le pouvoir en place, à Tunis comme à Rabbat, encourage à nouveau les investissements vitivinicoles européens.

Ces nouvelles caves ont le défaut de leurs qualités: les vins, élaborés de façon moderne, n’ont pas retrouvé une identité forte. Même style «parachuté» dans les montagnes de Galilée, en Israël, à la frontière sud du Liban, dans un domaine digne de la Californie. Son pur merlot en barrique (le vin le plus cher du test), à la structure impressionnante, paraît plus «techno» que terroir.

En attendant les Balkans
En queue de tableau, une tout autre histoire. Hormis les îles à forte tradition viticole, comme Chypre, la Grèce, représentée par la Crète et le Péloponnèse, et son cépage fétiche, le saint-georges (agiorgitiko), les vignobles des Balkans sont en devenir. Pour l’heure, les vins dégustés demeurent rustiques, du cépage le plus répandu d’une part sur la côte dalmate de la Croatie, le plavac mali, d’autre part au Montenegro, le vranac.

L’«aggiornamento» n’a pas encore eu lieu. Même Joshka Fischer, l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, écolo amateur de grands bordeaux et fin connaisseur de la région, assure que les Balkans et leur patchwork de vignobles en bord de mer et dans les vallées jalonnant les pays de l’ex-Yougoslavie ont un grand potentiel. A vérifier demain, sur le fond incertain du changement climatique!

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.