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15 assurances décès à capital constant: l’assurance vie mixte n’est pas la panacée

L’épargne réalisée via une assurance vie mixte est plutôt chiche. Mieux vaut contracter une assurance décès et placer son argent ailleurs.

L’expérience que vient de vivre Gabriel Roch est malheureusement un grand classique dans le domaine de l’assurance vie. En 1991, comme de nombreux jeunes parents, il décide de souscrire une assurance vie d’une valeur de 15 000 fr. sur la tête de son fils, Loïc, pour ses 20 ans. Le contrat – il s’en apercevra plus tard – souffre d’incohérences, mais remplit le but déterminé:

  • Capital de 15 000 fr. en cas de décès de l’enfant assuré avant l’échéance (accessoire en l’occurrence);
  • Libération des primes en cas de décès de l’adulte assuré (du père dans le cas présent) avant l’échéance;
  • Libération des primes dès le 91e jour d’incapacité de gain par suite de maladie ou d’accident du père.

Mais, surtout, l’offre mentionne une participation aux excédents de 4546 fr., avec toutefois le non moins classique avertissement précisant que cette participation, «calculée sur la base des plans actuels, ne peut être garantie dans le futur».

Soupe à la grimace
La soupe à la grimace faite par l’assuré au moment des comptes est – elle aussi – on ne peut plus classique. Les excédents ont fondu comme neige au soleil, puisque, en fin d’exercice, ils se montent à….1100 fr.! «Je veux bien admettre que la conjoncture n’ait pas été excellente, commente notre lecteur, et une participation moindre ne m’aurait pas étonné. Mais que dire d’un montant ne correspondant même pas au quart des prévisions faites à l’époque? De deux choses l’une, soit mon assureur enrichit ses actionnaires sur le dos des assurés, soit l’un de ses gérants est à la Société Générale… J’ose imaginer que ce n’est ni l’un ni l’autre, mais simplement une erreur de sa part.»

Eh bien, même pas! Sur le fond, Gabriel Roch a raison: le rendement annualisé de son «placement» est lamentable, puisqu’il est d’à peine 0,6%! Mais c’est parce qu’il le calcule sur l’entier des primes qu’il a régulièrement versées. Or, cela ne doit être fait que sur la part réservée à l’épargne, et non sur celle consacrée au financement du risque de décès, de la libération des primes ainsi qu’aux frais administratifs. Le graphique ci-contre illustre ce type de subdivision de façon fictive.

Utilisation d’une prime d’assurance vie
Pourquoi de façon fictive? Parce que la plupart des compagnies se gardent bien de donner ce genre de détails, pourtant essentiels. Chacun peut ainsi faire sa petite cuisine interne, sans risque d’être comparé à la concurrence, puisque, partout, les excédents ne sont pas garantis…

Une seule chose est sûre: plus la personne assurée contre le décès est âgée, et plus la somme en jeu est importante, plus la part réservée au risque grandissant va logiquement grignoter celle de l’épargne.

Pour le reste, mystère et boule de gomme! L’assureur de notre lecteur – Allianz en l’occurrence – se réfugie derrière le contrat, précisant, comme on l’a vu, que les excédents ne sont pas garantis, un point c’est tout. Ce qui fait rager notre lecteur, puisque son épouse a contracté, en 1985, une autre assurance de même type à Helvetia (10 000 fr. en cas de vie, 20 000 fr. en cas de décès par maladie, 30 000 fr. en cas de décès par accident, prime mensuelle de 24.50 fr. durant 25 ans) et que, à la fin de l’année dernière (soit trois ans avant l’échéance du contrat), les excédents se montaient déjà à 4242 fr.

Calcul de rendement
Pour Roland Bron, directeur romand de VZ VermögensZentrum, il n’y a pas de doute: «L’assurance mixte à prime périodique est rarement intéressante. Mieux vaut contracter une assurance à risque pur pour le décès (voir tableau) et investir le reste de l’argent dans des placements sûrs.»

Pour le vérifier, contournons l’omerta des assureurs en comparant deux offres pour une même somme dans le cadre d’une assurance décès, puis dans celui d’une assurance mixte. Pour cela, utilisons le calculateur de primes développé par La Bâloise sur son site internet.

- Assurance à risque pur – Pour un salarié de 35 ans, non-fumeur, désirant s’assurer que, en cas de décès dans les 20 ans à suivre, son épouse bénéficiera d’une somme de 200 000 fr., et souhaitant la libération du paiement des primes en cas d’incapacité de gains après trois mois, la prime annuelle sera de:
1- Assurance décès: 685.70 fr.
2- Libération du paiement des primes: 23.90 fr.
3- Primes annuelle: 709.60 fr.

- Assurance mixte – Pour une assurance mixte (idem, mais en plus avec 200 000 fr. garantis en cas de vie après 20 ans), la prime annuelle sera de:
4 - Assurance mixte: 9254.30 fr.
5 - Libération du paiement des primes: 323.10 fr.
6 - Primes annuelle: 9577.40 fr.
7 - Excédents non garantis: 30 796 fr.

En soustrayant la prime demandée pour l’assurance décès 1 de celle pour l’assurance mixte 4 vous obtiendrez la somme qui est consacrée à l’épargne, soit 8568.60 fr. par an.

Concrètement, si la compagnie s’en tient à la somme garantie (200 000 fr.), cela revient à dire que la part réservée à l’épargne aura bénéficié d’un rendement annualisé de 1,45%, soit à peine mieux qu’un compte épargne classique. Si la totalité des excédents est accordée, le rendement sera de 2,76%.

Placer autrement
Imaginons maintenant que notre assuré contracte une police de risque pur (prestation en cas de décès seulement) auprès de la compagnie et place l’économie réalisée par rapport à une assurance mixte ailleurs. Il dispose donc de: 6 – 3 = 8867.80 fr. par an.

Placés dans un modeste mais très sûr fonds obligataire suisse (obligations d’Etat avec une cotation AAA), il devrait bénéficier d’un rendement moyen de 3% (moyenne actuelle sur 15 ans), soit 239 894 fr. au 1er juin 2028. C’est donc nettement plus que ce que promet l’assureur, même avec d’improbables excédents!

Christian Chevrolet

Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré dans la colonne de gauche.

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