
12 côtes-du-rhône: Dans la jungle rhodanienne
Vins traditionnels des supermarchés, les côtes-du-rhône sont, hélas, décevants. L’étiquette et le prix n’y changent rien.
Navrante, cette dégustation. Et pourtant, un exercice aussi pauvre en qualité s’avère riche en enseignements. Comment choisir son côtes-du-rhône? Rien n’est fait pour aider le consommateur. Dans le vaste débat sur les AOC (appellations d’origine contrôlée) françaises – qui peut s’étendre aux suisses du reste! –, nombre d’observateurs critiquent l’absence de repères clairs. Pourtant, sur le papier, les côtes-du-rhône sont une pyramide. Au sommet, 15 crus (exemples du tableau: Gigondas et Vacqueyras); en dessous, la double catégorie des villages avec, d’une part, 18 noms géographiques (Cairanne et Chusclan) et, d’autre part, la seule mention de «villages»; enfin, la masse des côtes-du-rhône génériques.
La hiérarchie malmenée
En théorie, une dégustation devrait confirmer ce système pyramidal. Il n’en est rien! Le vainqueur de notre dégustation est un vin de marque, côtes-du-rhône générique. Fondé en 1965 et regroupant 10 caves coopératives, le Cellier des Dauphins est la plus importante marque française en AOC. Ce produit, véritable cheval de bataille, se situe exactement dans la cible des côtes-du-rhône, soit des vins vendus en France à plus de 70% (150 millions de cols) en grandes surfaces et pour un prix moyen en dessous des 3.50 e (5.60 fr.) pour 80% d’entre eux.
Tant mieux pour ce vin, logé dans une bouteille basse «traditionnelle». Plus haut dans la hiérarchie, c’est du «à votre bon cœur!». A Denner, pauvre châteauneuf-du-pape, bradé 15.45 fr., sous le numéro d’une marque d’embouteilleur. Un tiers seulement des vins rhodaniens sont commercialisés par les producteurs, tandis que 40% sont embouteillés par le négoce régional ou l’union de caves et 27% par le négoce extrarégional. Encore faut-il savoir qui sont ces metteurs en marché: Coop le fait en Suisse (Château Saint-André, classé deuxième) et le Gigondas 2003 classé neuvième sort d’une cave bourguignonne. Dans le premier cas, ça n’est pas clair – aucune mention de «mis en bouteille dans la région de production» signifie par défaut que l’opération a été faite ailleurs – et, dans le second, cela n’apparaît pas au non-initié.
On ne peut donc se fier ni à la hiérarchie (satisfecit tout de même pour le dernier cru admis, Beaumes-de-Venise, rouge à 100%), ni aux indications lacunaires, ni à la forme du flacon. En cette matière, les producteurs des Côtes du Rhône sont des champions: les châteauneufs-du-pape sont logés dans une bouteille aux armoiries moulées dans le verre (c’est le cas du neuvième classé), Vacqueyras et Chusclan, de même. Le prestige de l’étiquette, au sens large, n’est pas une garantie de qualité du contenu! Le prix ne fait pas foi non plus, puisque le vin le plus cher est classé cinquième (lire encadré «Le cerveau sensible au prix»).
Achats suisses en chute libre
Reste le millésime: la dégustation a révélé les faiblesses des 2003. Carences objectives, de l’année de la canicule, délicate à vinifier dans toute l’Europe, même pour le trio de base des côtes-du-rhône, grenache-syrah-mourvèdre, et subjectives aussi: pourquoi ces vins sont-ils encore en supermarché? L’explication réside sans doute dans le désintérêt toujours plus marqué des Suisses pour les côtes-du-rhône. En 2001, notre pays en importait encore 11,5 millions de litres. Jusqu’en 2005, les exportations vers la Suisse se maintiennent au-dessus des 10 millions de litres, puis chutent à 8,4 en 2005, puis à 7,2 millions de litres en 2006, suivies d’un sursaut de 5% en 2007.
Pierre Thomas
Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.


