
Chardonnays le grand écart
Le cépage blanc le plus populaire du monde donne des vins plutôt équilibrés. Même à prix d’appel.
Naguère, en Californie, l’adage ABC, «Anything But Chardonnay» (n’importe quoi plutôt que du chardonnay…) fut à la mode. Il n’a pas suffi à endiguer la vague du vin blanc le plus répandu du monde. En Suisse, l’an passé, il s’en est importé davantage que les années précédentes, pour combler le déficit en chasselas des petites vendanges 2005 et 2006. Selon l’Administration fédérale des douanes, l’importation de vins blancs a progressé de 22% (atteignant 29 millions de litres) par rapport à 2006. Et les chardonnays de tous azimuts sont solidement représentés dans les supermarchés helvétiques.
Des vins globalement satisfaisants
Pourtant, la note moyenne de notre dégustation est plus élevée que d’habitude. Deux flacons se sont signalés. L’un, le moins cher, acheté 5.45 fr. la bouteille à Denner, un blanc de Mendoza, en Argentine, fin et élégant, et l’autre, non mentionné dans le tableau final en raison de son prix élevé (22 fr. à Coop), le californien Simi, du géant Constellation (le repreneur de Mondavi), où le vanillé du chêne faisait tout son effet (lire encadré). Les deux vins, séparés par plus de 16 fr., ont obtenu la même note, frisant les 15 points.
S’il est facile de trouver des chardonnays à moins de 8 fr., y compris, pour la première fois dans un de nos tests, un vin d’Aldi (à Collombey-Monthey), le gros du peloton, soit huit échantillons, s’échelonne entre un peu plus de 10 fr. et un peu moins de 15 fr., y compris pour des vins californiens.
Aux extrêmes, on remarque un grand écart de prix et de qualité, selon les provenances. Si le Nouveau-Monde l’emporte, restait à voir comment pouvait se comporter la vieille Europe et, singulièrement, la Bourgogne, berceau du chardonnay. Avec un vin aux arômes boisés, de l’excellent millésime 2005, la maison Louis Jadot s’en tire avec les honneurs, à la deuxième place. Mais que dire du bourgogne issu d’une des plus fameuses appellations d’origine contrôlée (AOC) – Chablis – en queue de tableau? Il ternit l’image de ce qui devrait être un grand terroir.
Un raisin bon à tout faire
Gros écart, aussi, entre les deux vins suisses, valaisans. Le 2005 – bonne année! – vendu à Aldi fait mieux que le 2006 proposé par Casino. Loin derrière le chasselas (4620 ha), et le Müller-Thurgau (510 ha), avec 307 ha, le chardonnay se classe troisième cépage de Suisse, avec 72 ha en Valais. Quelques baies de raisin, par rapport à la production des 150 000 ha dans le monde entier, balancés entre l’Australie, la Toscane, au représentant très techno, le plus léger en alcool (12,5°) aussi, puis le surprenant Brésil, sixième, jugé meilleur que le seul chilien, le plus riche (14,5°), avec l’espagnol (14°).
Au fond, le chardonnay est au monde vitivinicole ce que la pomme de terre est à l’alimentation occidentale: bon à tout faire, sous toutes latitudes. Avec le réchauffement climatique qui s’annonce, cela ne va guère évoluer. Car, pour les œnologues, ce cépage a déjà montré sa grande «plasticité», c’est-à-dire sa vertu d’adaptabilité dans toutes les régions du monde, y compris en Champagne, où il permet de faire du «blanc de blancs» (soit du vin blanc à partir de raisins blancs, par opposition aux pinots noir et meunier, à peau foncée, mais à jus blanc, bases des mousseux).
Pierre Thomas
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