
12 cabernets sauvignon: Que valent les cabernets à 9.95 francs?
Sept cabernets sauvignons dégustés sur douze sont vendus quelques centimes sous les 10 francs. Mais tous n’ont pas la même valeur gustative!
S’il y a un vin rouge qui symbolise la mondialisation, c’est bien le cabernet sauvignon. Seul le merlot est davantage planté aux quatre coins de la planète. Mais, issus de près de 200 000 hectares, les vins des deux hémisphères se retrouvent dans les supermarchés suisses. Sept vins d’origines diverses à 9.90 fr. ou 9.95 fr.: personne ne nous fera croire que ce montant représente autre chose qu’un prix politique, acceptable en grande surface. A ce jeu, la dégustation à l’aveugle, portant sur deux millésimes seulement, permet de trier le bon grain de l’ivraie. Et ce sont des hérauts de la mondialisation qui l’emportent. L’Australie, le Chili et la Californie cultivent chacun près de 20 000 hectares du «plus grand cépage noble français», comme le désigne le spécialiste du genre, soit l’ampélographie, Pierre Galet («Dictionnaire encyclopédique des cépages», Ed. Hachette), la France restant en tête avec 50 000 hectares.
L’Australie devant le Chili et la Californie
Vainqueur de notre dégustation, une bouteille de Wolf Blass. La cave, fondée par un Allemand dans les années 1960, est désormais sous contrôle du brasseur de bières Foster’s. Ce conglomérat australien est propriétaire des Californiens Beringer (un temps dans le giron de Nestlé), Stag’s Leap (lire encadré) et, en Australie, outre Wolf Blass, de Penfold et de Rosemount, aux syrahs fameuses (Grange pour le premier et Balmoral pour le second). Autant dire que ses «winemakers» disposent du savoir-faire nécessaire pour livrer partout dans le monde des vins corrects.
A 9.90 fr., n’allez pas demander un supplément d’âme! Le dauphin, Caliterra, enfant du Californien Mondavi et du distingué Chilien Eduardo Chatwick, est une version très «variétale» où le cassis et le sureau dominent. Le climat du Chili convient bien au cabernet sauvignon, comme celui de la Californie, d’où vient le troisième classé, Wente, un vaste domaine au sud de la baie de San Francisco (et non à Napa ou Sonoma, deux vallées dévolues aux grands cabernets). Ce trio est de 2005, bon millésime dans les deux hémisphères, à six mois d’intervalle.
L’Europe, mais c’est plus cher!
Derrière, pêle-mêle, le sud-africain de Sonop Farm, Cape Soleil, fait mieux et à moitié prix que le cabernet du Syndicat des producteurs de Vétroz. Pourquoi rapprocher ces deux étiquettes? Non parce qu’elles se trouvent dans le même supermarché, mais parce qu’elles ressortissent au Valaisan Jacques Germanier. Les autres vins chiliens, toujours dans le registre du cassis, sont plus loin, comme l’argentin Esmeralda, de Catena-Zapata, une cave emblématique de Mendoza. A la traîne, les étiquettes de provenance aussi exotique que l’Uruguay ou le Brésil.
L’Europe n’est guère présente. Primo, parce que les vins de cépage du Languedoc sont à prix cassés. Secundo, viser la Toscane ou la Catalogne coûte davantage. Le cabernet exprime aussi son terroir, comme le montrent les «supertoscans» (Sassicaia). Et le jury a apprécié un cabernet sauvignon 2004 catalan des Costers del Segre, de Raimat, vendu 14.90 fr. à Coop. Connu et apprécié des Romains, le «biturica» pourrait être né d’un côté ou de l’autre des Pyrénées, dans la vallée de l’Ebre ou à Bordeaux. Il a fallu attendre les recherches ADN de l’Américaine Carol Meredith, à la fin du 20e siècle, pour être certain que ce cépage est, comme son nom le suggère, un croisement du cabernet (franc) et du sauvignon (blanc).
Pierre Thomas
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