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12 champagnes rosés: Des bulles dans le rosé

Le champagne rosé est tendance: ses ventes ont massivement augmenté entre 2005 et 2006. Et ses prix s’envolent aussi! Même si le vin déçoit (trop) souvent.

C’est toujours la même histoire. Faut-il considérer le mousseux comme un vin et le déguster avec des paramètres œnologiques? Ou bien comme un produit au marketing si puissant qu’il conditionne le consommateur à l’associer à toute fête? Sachant que 40% des vins de Champagne sont expédiés au quatrième trimestre de chaque année, la réponse penche vers le rituel festif. Peu importe, alors, le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse!

Pourtant, les Champenois insistent sur leur savoir-faire de vinificateurs. Le rosé illustre cette gageure. Car il peut être de saignée ou de macération ou, au contraire, exception légale, le résultat du mélange de vins blanc et rouge. Et, si la Champagne a produit de l’«œil-de-perdrix» en macération dès le 18e siècle, souvent la couleur fut apportée par la «teinte de Fismes», une liqueur à base de sureau…

Blanc ou rosé, «de noirs» ou «de blancs»
Dans un vignoble où les raisins à peau foncée, pinot noir et pinot meunier, sont tout autant utilisés que ceux à peau claire, issus de chardonnay, le rosé pourrait être un penchant naturel. Pourtant, la plupart des champagnes sont des assemblages de «blanc de noirs» (qui veut dire qu’on vinifie en vin blanc des raisins rouges), et de «blanc de blancs», issus uniquement de chardonnay.

Les rosés sont aussi élaborés sur cette base standard, avec un ajout d’un peu de vin rouge, avant la fermentation en bouteilles pour la prise de mousse: il est plus facile, ainsi, de maîtriser la couleur, importante à l’œil. Et paradoxe, alors qu’on sait que les mousseux sont très sensibles au jour – on dit d’un champagne fané qu’il a pris un «goût de lumière» –, les embouteilleurs sont obligés de choisir un flacon translucide pour mettre en valeur la couleur! L’exposition du rosé dans les grandes surfaces est donc encore plus périlleuse que pour le blanc (conditionné le plus souvent en bouteilles vert foncé).

Ce préambule n’est pas inutile pour expliquer les résultats de notre dégustation. D’abord, on a dû exclure un vin, le Nicolas Feuillatte, pris au sommet d’un rayon, debout presque sous les néons, dans un supermarché (HyperCasino de Romanel). Il présentait ce «goût de lumière» frisant l’oxydation. Ce défaut gustatif rédhibitoire, on l’a aussi repéré sur le dernier classé, le Colligny Père et Fils. Pourtant, Denner – c’est un bon point! – présente ses champagnes couchés dans leur carton d’origine. Dans ce cas, l’oxydation est à rechercher en aval, dans la vinification.

En remontant le classement, on trouve, mal notés, deux «cavas» catalans, élaborés de la même manière que le champagne (selon une «méthode traditionnelle»), certes bon marché, mais aux goûts peu adaptés à nos palais (voir tableau).

«Produit de luxe» mal dégusté
Canard-Duchêne (du groupe Thiénot, dans le giron de Pernod-Ricard) se montre le plus satisfaisant du test: sur internet, la marque explique qu’elle a décidé de miser, depuis deux ans, sur un rosé fruité et frais. Mission réussie! Pas étonnant que les deux suivants soient le Louis Kremer et le Charles Bertin. Ces deux noms sont des «marques secondaires». Et les deux produits sortent de la même «officine», Boizel (groupe BCC, où Bruno Paillard est majoritaire). Mais attention, c’est un hasard, dans la mesure où Charles Bertin, sous-marque exclusive de Coop, recouvre aussi un brut qui, lui, vient d’une autre source…

Il faut se méfier des étiquettes de champagne! Non seulement, elles pratiquent la dissimulation, mais encore, les plus célèbres ne sont pas gages d’excellence, puisque notre jury a mal noté les «grandes maisons». Leurs rosés sont aussi les plus chers du lot, avec un pic, le Laurent-Perrier, à près de 65 fr. En Suisse, cette marque jouit d’un prestige certain, «leader» du marché du rosé, malgré son prix élevé.

On mesure, une fois de plus, l’écart entre la publicité pour un produit de luxe vendu comme tel et la dégustation à l’aveugle. L’un de nos fins nez a même ajouté sur sa fiche: «12 points, par politesse!» sans savoir à qui s’adressait le compliment, puisque les vins, tirés au sort, ont été dégustés, comme toujours, à l’aveugle.
Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se référer à l'encadré.