
12 chianti: Le chant du coq noir
Principal vin de la Toscane, le Chianti est dominé par sa version Classico, symbolisée par un coq noir. C’est bien à ce panache que se rallient les meilleurs.
Le coq noir, «gallo nero», apposé sur le goulot de la bouteille, atteste qu’un vin remplit le cahier des charges du Chianti Classico. Près de 350 caves mettent sur le marché 35 millions de bouteilles de ce vin rouge. La Suisse occupe une place de choix dans l’exportation. Si le Chianti Classico est davantage bu aux Etats-Unis qu’en Italie (30% du volume commercialisé aux USA contre 27% en Italie), l’Allemagne, l’Angleterre et la Suisse représentent, groupées, à peu près la même quantité (8% pour la Suisse).
Une appellation multiple
Pourtant, dans les supermarchés suisses, le Chianti paraît laisser sa place aux vins du Sud de l’Italie. Et si, après des années de conflits, l’unanimité s’est faite autour du coq noir (lire encadré), quelques grandes maisons préfèrent, pour leur vin de cavalerie, se contenter de l’indication géographique (IGT, soit vin de pays). L’appellation d’origine contrôlée et garantie (DOCG), le Chianti Classico doit encore la partager avec six appellations satellites (des collines de Florence, Arezzo, Pise et Sienne, Montalbano et Rufina), confidentielles, et le simple Chianti (sans la mention Classico).
A la faveur de notre dégustation, le Classico s’est solidement installé en tête.
Tricentenaire, la maison Melini est un acteur important de la région. Outre ses propres vignobles de 175 hectares, elle achète de la vendange. Son vin de base, Isassi, a été bien apprécié. Juste derrière, deux (petits) domaines d’une quarantaine d’hectares, l’un en mains suisses, de la famille Triacca, connu aussi pour son Riserva La Madonina, élevé plus longtemps en fût selon la législation, et Valiano, qui bénéficie des conseils d’un œnologue réputé, Paolo Vagaggini. La marque de Coop, Villa Franchi, constitue, de surcroît, à deux sous sous la barre des 10 francs, le meilleur rapport qualité-prix du test.
Plus ou moins de sangiovese
On pourrait imaginer que les grandes maisons non tenues aux mêmes exigences qualitatives que pour le Chianti Classico (notamment davantage que le 0,525 litre de vin au mètre carré), offrent des vins à des prix inférieurs. Tel n’est pas le cas du Pater de Frescobaldi, un pur sangiovese, alors que ce cépage toscan par excellence peut être complété par 15% de raisins autochtones, canaiolo et colorino, ou internationaux, merlot, cabernet sauvignon et syrah, selon la DOCG Chianti Classico.
Autre «cheval de bataille» d’un autre marquis florentin, le Santa Cristina d’Antinori, qui se classe plus loin, un vin à base de sangiovese et de merlot qui échappe à l’appellation Chianti, tiré à 4,5 millions de bouteilles par an! C’est trois fois plus que le chianti de base Leonardo, de la Coopérative de Vinci (500 hectares). Tandis que le domaine Concadoro, septième, ne produit que 50 000 bouteilles de son Classico, sur 18 hectares cultivés en bio certifié.
L’effet du millésime
On le voit, sous l’étiquette Chianti se cachent de nombreuses versions, différenciées par la viticulture et la vinification. Sans oublier les «couacs» de fin de tableau. Carpineto s’en sort d’habitude mieux, mais son vin (2005) était marqué par une déviation aromatique grave. Peut-être sous l’effet du millésime? Ces dernières années ont été contrastées en Toscane: un 2001 d’anthologie, un 2002 difficile, puis un 2003 caniculaire qui n’a pas convenu au sangiovese, un 2004 bien mieux noté que 2005. En attendant 2006, qui s’annonce excellent et marquera l’arrivée des Chianti Classico obligatoirement issus de raisins rouges; jusque-là, le trebbiano et la malvasia, deux raisins blancs, étaient autorisés en appoint. C’est dire que, si le Chianti s’affirme classique, il évolue aussi!
Pierre Thomas
Pour télécharger le tableau comparatif des vins, se
référer à l'encadré.


