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Manger sain et écolo reste encore un luxe

Les grandes surfaces ont clairement compris l’enjeu du marché bio, tant sur le plan financier que celui de l’image. Coop et Migros rivalisent d’imagination pour renforcer leur impact écologique, notamment à la télévision: marmotte siffleuse chez l’un, clip du chanteur Stress chez l’autre, les moyens investis dans la communication sont massifs.

Leader de ce marché très lucratif, Coop propose aujourd’hui 7600 articles bio, contre un peu plus de 1000 chez Migros. Face à ces deux mastodontes, les nouveaux hard discounters allemands font figure de poids plume, avec seulement 53 produits «verts» chez Aldi et 19 articles chez Lidl (lire encadré).

Notre comparatif

Cependant, l’offre est une chose, le prix en est une autre. Manger sain et écolo est-il dès lors à la portée de chacun? En novembre 2008, Bon à Savoir avait publié un premier comparatif au titre évocateur: «Bio: mieux vaut avoir du blé» (lire BàS 11/2008*). Vu l’évolution rapide des assortiments et l’arrivée des discounters allemands sur le marché, nous avons décidé de refaire l’exercice. Nous avons donc comparé les prix de 24 produits bio et de leurs équivalents «traditionnels» chez Migros et Coop, sans retenir ni les produits des gammes M-Budget et Prix Garantie ni les promotions, de façon à ne pas trop creuser le fossé (voir tableau de droite). Puis, nous avons comparé les assortiments bio disponibles chez Aldi et Lidl (voir tableau ci-dessous).

Les résultats 2010

Le résultat global n’est guère réjouissant. Les différences constatées il y a deux ans entre le caddie bio et non bio restent en effet sidérantes: 56,2% chez Migros et 52,4% chez Coop. Autant dire que pour une famille au budget serré, manger sain reste un luxe inabordable!

L’écart le plus important concerne, cette année encore, le rayon fruits et légumes, de façon nettement plus marquée chez Migros (+ 78,7%) que chez Coop (+ 48,2%). «Pour obtenir la valeur ajoutée environnementale, une production complexe et coûteuse est nécessaire, justifie Martina Bosshard, porte-parole. Le rendement des exploitations biologiques est jusqu’à 50% inférieur à celui des exploitations agricoles conventionnelles».

Autrement dit: la conscience a un prix qu’il convient de payer, et que l’essor du bio ne parvient pas encore à combler. Reste à poser la question qui fâche: les marges du bio ne sont-elles pas abusives? Pas de réponse claire, bien sûr: aucun distributeur ne communique sur le sujet, même si Coop assure que, au contraire, elles sont moins importantes que celles avec les produits conventionnels.

Pourtant, dans son édition du 15 octobre 2008, la magazine des consommateurs alémaniques K-Tipp soutenait que les marges fixées pour des carottes normales étaient de 25-30%, mais passaient à 50-70% lorsqu’elles étaient issues de la culture biologique. Or, chez Coop, en 2008 à pareille époque, la différence de prix avec les carottes normales était de 77,8%, alors qu’elle n’est plus que de 28,3% aujourd’hui, ce qui correspond à une baisse de presque 50%. C’est grâce à «la diversification des fournisseurs, l’offre plus importante et les améliorations de production», explique sa porte-parole, Sabine Vulic, sans mentionner une possible réduction des marges.

Depuis 2008, un autre événement est encore venu changer la donne: l’arrivée de Lidl et Aldi, qui vendent tous deux leur kilo de carottes bio 2.99 fr., contre 3.40 fr., à Coop et 3.95 fr. à Migros. Ce qui permet de poser la deuxième question qui gêne: les deux discounters allemands influencent-ils la politique des prix des deux géants suisses? «Obligatoirement», concède Sabine Vullic. En s’empressant toutefois de préciser qu’il convient «avant tout d’offrir le bon produit au bon prix tant pour le producteur, le distributeur que le client»…

Carole Pirker



Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré ci-contre.