
Les génériques peinent à s’imposer
Seules quatre des 24 pharmacies visitées par nos enquêteurs ont spontanément proposé la substitution d’un médicament original en vente libre par un générique. Et jamais par le moins cher.
«Les pharmaciens se soucient davantage de la qualité et de la prévention que des rabais et de l’augmentation de leur chiffre d’affaires.» L’affirmation émane de pharmaSuisse, qui représente les intérêts de la profession au niveau national. L’enquête que nous avons menée avec nos confrères de On en Parle (RSR, La Première) nuance ces propos: en rechignant à proposer une copie tout à fait légale d’un médicament dont la formule originale n’est plus protégée par un brevet, les pharmaciens n’œuvrent pas en faveur des consommateurs. En effet, si quelques officines ont spontanément suggéré un médicament générique, aucune d’entre elles n’a proposé la marque la moins chère. Un problème d’ailleurs débattu actuellement au Parlement.
Dans le détail, nos enquêteurs ont visité trois officines de chacune des chaînes suivantes: Amavita, Capitole, Coop Vitality, Pharmacie Populaire, Pharmacie Principale et Sun Store. Ainsi que six indépendants, parmi lesquels trois sont membres du réseau Pharmacie Plus.
Le Zyrtec, un médicament en vente libre employé pour le traitement des maladies allergiques comme le rhume des foins, a servi de test. Vendu en boîte de 10 comprimés au prix de 13.35 fr., il dispose sur le marché suisse d’une dizaine de génériques. Leur prix varie de 6.95 fr. à 7.65 fr., pour un potentiel d’économie oscillant entre 43% et 48%.
Jamais le moins cher
Les résultats sont sans appel: à la demande d’une boîte de Zyrtec, seules 4 des 24 pharmacies visitées ont spontanément proposé un générique en remplacement du médicament original (voir tableau ci-dessous). Dans plus de 83% des cas, les enquêteurs n’ont donc même pas été informés de l’existence d’un substitut! Les trois enseignes Amavita, Capitole, Pharmacie Plus et Pharmacie Populaire de notre panel ratent le coche. Quant aux rares bons élèves, ils se répartissent entre un indépendant ainsi que Coop Vitality, Pharmacie Principale et Sun Store, une seule succursale ayant, pour chacun d’entre eux, proposé une copie.
Nos investigations nous ont permis de mettre le doigt sur un autre problème: lorsque les enquêteurs ont, dans un deuxième temps, explicitement sollicité un générique, on ne leur a jamais proposé le produit le meilleur marché. En déclarant carrément ne pas posséder de médicaments de substitution, les deux autres succursales de Pharmacie Principale visitées décrochent haut la main le bonnet d’âne de notre sondage.
Economies potentielles
Les autres pharmacies ont en revanche accédé à la requête d’un générique. Mais en faisant le choix exclusif du Cetallerg, du Cet eco ou du Cerzin – tous étonnamment parmi les plus chers à 7.65 fr. – elles font la part belle aux produits de Mepha ou de Sandoz, filiale de Novartis (lire encadré en page 26). Difficile, pour les génériques des petits fabricants, de se faire une place au soleil dans de telles conditions, malgré un tarif parfois plus avantageux pour le consommateur. C’est notamment le cas du Cetirizin Actavis et du Cetirizin-Teva, dont le prix fixé à 6.95 fr., est presque 10% inférieur à la concurrence. Pourtant, s’ils étaient systématiquement choisis à la place des autres génériques, il serait possible de faire une économie de quelque 600 000 fr. chaque année en Suisse. Et, s’ils remplaçaient aussi le Zyrtec, ce gain dépasserait même les 2 millions!
Interpellée sur ces différents résultats, pharmaSuisse explique que le Zyrtec, comme tous les produits vendus sans ordonnance, répond aux seules règles de la libre concurrence et ne dispose d’aucun prix établi par l’Etat. Libre au pharmacien de fixer sa marge comme il l’entend!
«Clients réticents»...
De leur côté, les responsables des officines visitées avancent, elles aussi, l’argument du libre choix du pharmacien, mais ajoutent celui de la rationalisation des stocks. La plupart mentionnent tout de même la possibilité de commander la copie demandée par le client (lire encadré ci-contre).
Clairement prise en défaut dans notre enquête, Pharmacie Principale déclare «ne pas avoir de politique systématique en faveur des génériques, car l’expérience a montré que de nombreuses personnes sont encore réticentes»! Le client est roi, dit le dicton? Peut-être, mais pour autant qu’il ne pose pas trop de questions.
Frank-Olivier Baechler
Yves-Alain Cornu
BONUSWEB: liste des pharmacies


