
Quand la BD devient propagande
A travers la trame policière de «La cinquième variable», publiée quelques semaines avant la votation du 7 mars, Avenir Suisse martèle un message: il faut baisser les rentes du 2e pilier. Jusqu’à 4,6%, voire plus!
Les milieux économiques mènent une campagne massive pour tenter d’obtenir la deuxième baisse des rentes du 2e pilier, sur laquelle le peuple se prononcera le 7 mars prochain. La méthode employée est classique: propager la peur en faisant passer des estimations pour des faits (lire encadré) et donner des raisons à toutes les générations de voter «oui», fussent-elles diamétralement opposées.
Aux retraités, les publicités rappellent, en effet, que leurs rentes ne seront de toute façon pas touchées, quelle que soit l’issue du scrutin. Donc autant voter «oui», et tant pis pour ceux qui suivent, notamment leurs enfants… Aux jeunes en revanche, on explique que, si la baisse n’est pas acceptée, ils vont devoir passer à la caisse, et donc payer pour les retraités qui, eux, continueront à encaisser une rente à vie. On le voit: mieux vaut ne pas mettre ces deux arguments côte à côte!
Un taux BD de 4,6%
Cette façon de jouer une génération contre l’autre est largement reprise dans la bande dessinée «La cinquième variable», qu’Avenir Suisse (fondation regroupant les plus importantes multinationales du pays) vient «inopinément» de mettre sur le marché. Censé vulgariser le thème ardu du 2e pilier à travers une trame policière, l’ouvrage est fondé sur une étude de Martin Janssen plaidant clairement pour un abaissement très important des rentes dès aujourd’hui.
Dans cette fiction, un fonctionnaire de l’Office fédéral des assurances sociales tente notamment d’expliquer le 2e pilier au commissaire Villars, jurant que, «à Berne, on hiberne en attendant la reprise: c’est comme un accro du jeu qui attend le gros lot au casino». Trois cases avant, ce même fonctionnaire rend son verdict: aujourd’hui, le taux de conversion* ne devrait pas être de 7%, mais de 4,6%. Et l’étude de base de Martin Janssen va plus loin encore, avançant le taux de 4,48%!
Autant dire que, pour les milieux économiques, la baisse à 6,4% n’est qu’une (deuxième) étape vers un processus de baisse constant et inéluctable. Or, une simple équation mathématique rappelle que, avec un taux de 4,48%, un capital qui ne serait servi d’aucun intérêt permet d’assurer une rente durant 22 ans et 4 mois, soit largement plus que la durée de vie moyenne des retraités aujourd’hui. Autrement dit: avec un tel taux, mieux vaut retirer son capital et le planquer sous son matelas…
Christian Chevrolet
* Taux par lequel on multiplie le capital accumulé durant sa vie professionnelle pour définir le montant de sa rente, par exemple:
300'000 fr. x 7,00% = 21'000 fr. ou 1750 fr./mois, mais 300'000 fr. x 4,48% = 13 440 fr. ou 1120 fr./mois


