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Prêt-à-porter: les écarts sont de taille!

Tout l’intérêt du prêt-à-porter consiste en des tailles de vêtements uniformisées. C’est pourtant loin d’être le cas, comme le montre notre enquête comparative menée dans onze magasins.

Acheter un vêtement sans l’essayer? Un pari risqué, les tailles indiquées pouvant être très différentes selon le pays de provenance, la marque ou encore le magasin. Au rayon dames, un chemisier taille «M» correspond-il à un 34, un 36 ou un 38? La réponse varie selon qu’il s’agit d’un modèle français, italien ou allemand… Seules les pointures des souliers sont uniformisées, mais uniquement pour le continent européen. Pour commander des baskets sur un site américain, il faudra d’abord se familiariser avec des pointures comme 7 ou 81/2.

Au rayon enfants et bébés, c’est encore pire: il n’existe actuellement aucune norme reconnue. Une maman nous a indiqué avoir dû acheter un maillot de bain taille «6 ans» pour sa fille de trois ans, malgré son gabarit plutôt petit! Un constat loin d’être exagéré, comme le révèle notre comparatif mené en collaboration avec l’émission On en Parle (RSR, La Première).

Dans onze magasins – supermarchés et commerces spécialisés – nous avons acheté vingt bodys à manches longues pour bébés de 12 mois. Lors de ces achats, le problème était déjà visible: les habits «12 mois» étaient tantôt étiquetés 74, 80 ou 74-80. Plus étonnant encore: la taille 74 était parfois indiquée «12 mois», tandis que la taille supérieure (80) correspondait à du «9-12 mois» dans d’autres enseignes.

«Enormes écarts»

Nous avons ensuite fait mesurer les bodys par Gabriela Schnyder, directrice de l’Ecole de couture du Valais, à Sierre (voir tableaux). Son verdict est sans appel: «Les écarts vont jusqu’à 10 cm pour des bodys de taille identique, c’est vraiment énorme. Ça l’est déjà pour un adulte, alors imaginez à l’échelle d’un enfant!», constate-t-elle. En effet, le body le plus grand (H&M) mesure 46 cm et le plus court (King Bear) 37 cm. «Ces bodys ne sont vraiment pas conçus pour un même enfant. Il y a plus de six mois d’écart entre les deux», relève Gabriela Schnyder. D’autres différences marquantes ont été relevées lors de ce comparatif, comme la longueur des manches et la largeur des bodys (voir exemples).

Avec de telles différences, autant dire qu’il est impossible de se fier aux étiquettes pour habiller ses enfants. Et lorsqu’on souhaite offrir un habit, il y a encore plus de chances qu’il ne soit pas à la taille de l’enfant: recevoir à Noël un manteau d’hiver qui est trop grand d’une saison, c’est la garantie pour les parents de devoir rapporter le vêtement au magasin.

Les fabricants déplorent

Avec l’expérience, les clients habitués savent que certaines marques proposent des tailles plutôt trop grandes ou, au contraire, trop petites. Chez H&M, par exemple, c’est souvent plus grand. Mais cette règle n’est pas systématique. Jugez plutôt les mesures effectuées sur les bodys de Migros: 7 cm de différence pour les manches et 3,5 cm pour la longueur.

Face à ces résultats, Migros reconnaît que la taille de ses habits pour bébés peut différer. Mais cela ne devrait plus durer, car le distributeur a récemment instauré un standard interne auquel tous les vêtements doivent se conformer. Certains modèles en magasin ont été fabriqués avant la mise en place de ce standard, d’où peut-être les écarts relevés.

Aucune des enseignes contactées suite à notre enquête ne s’est montrée étonnée des variations relevées. Toutes déplorent l’absence de standards unifiés et reconnus. Chaque fabricant utilise donc ses propres barèmes, pratiquant les essayages sur des bébés ou encore sur des poupées.

Normes très attendues

Actuellement, l’Institut français du textile et de l’habillement conduit une campagne de mensuration nationale, au cours de laquelle plusieurs centaines d’enfants seront mesurés afin d’établir une norme. Cet institut a déjà réalisé le même travail pour les tailles adultes, publié en 2006. Ailleurs dans le monde, les mesures prises sur la population ne tiennent malheureusement jamais compte des enfants de moins de 5 ou 6 ans.

En attendant qu’un standard valable entre en vigueur, il faudra donc continuer d’acheter les vêtement avec un centimètre dans l’œil, de demander conseil aux vendeurs et, lorsque c’est possible, de les essayer au préalable.

Yves-Alain Cornu


Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.