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Médecine: la santé en kit

Après la mode de l’automédication, voici venue l’heure de l’autodiagnostic. Sur le marché, les tests à faire à domicile, vendus en pharmacie ou sur internet, se multiplient. Attention aux dérives!

Le test de grossesse est depuis longtemps entré dans les mœurs. Entre-temps, il a fait des petits. Aujourd’hui, n’importe qui peut jouer au docteur dans sa salle de bain, ou presque. En effet, des tests vendus en pharmacie ou sur internet promettent de délivrer toutes sortes d’indications sur notre état de santé et ce, dans des domaines très divers: les allergies (au chat, au pollen, à la poussière de maison, aux œufs, etc.), les cancers (prostate, côlon), la ménopause, l’ovulation, les infections urinaires, etc.

Ces kits prévoient le prélèvement d’une goutte de sang au bout du doigt ou l’analyse d’échantillons de selles ou d’urines, au moyen de liquides réactifs. Mais permettent-ils réellement de poser un diagnostic ou ne sont-ils que de purs produits marketing? Pour le savoir, nous avons posé la question à différents spécialistes. Sans toutefois se prononcer sur leur fiabilité, ceux-ci se sont montrés dans la plupart des cas sceptiques sur leur bien-fondé. Exemples choisis:

  • Allergies – Annette Leimgruber du Service d’immunologie et d’allergie du CHUV explique qu’il est très complexe de déterminer la présence d’une allergie. Ces tests «maison» détectent la présence d’anticorps spécifiques dans le sang, mais un résultat positif (ou négatif) ne permet pas de confirmer (ou d’exclure) une allergie. Pour poser un tel diagnostic, le spécialiste effectuera une anamnèse complète du patient ainsi que des tests cutanés. Les examens sanguins ne sont qu’un complément à cette démarche.
  • Prostate – Ce test détecte un taux élevé de PSA, une protéine qui peut, dans certains cas, signaler la présence d’un cancer de la prostate. Pour le Pr Christophe Iselin, médecin-chef du service d’urologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), ce test est un «gadget médical». Un résultat exprimé en termes «positif» ou «négatif» est lacunaire et risque de rassurer ou d’angoisser à tort le patient. La valeur précise du PSA doit être interprétée finement, en tenant compte de paramètres tels que les antécédents familiaux ou l’âge du patient. De plus, le dépistage de ce cancer est controversé (lire BàS 5/2008*) et sa pertinence doit être discutée avec le médecin.
  • Ménopause – Le test mesure le taux de l’hormone FSH qui, en phase de ménopause, est durablement élevé. Certaines femmes l’achètent pour savoir si elles peuvent se passer d’une contraception. Mais l’interprétation des résultats est risquée. En effet, des valeurs élevées de FSH peuvent tout aussi bien indiquer une croissance folliculaire, signe de fertilité. Le stade de la ménopause est décrété par une absence de règles pendant un an, associée à d’autres symptômes. Une femme qui va régulièrement chez son gynécologue ne devrait pas avoir besoin de ce genre de tests.
  • Ovulation – Ce test est utilisé pour augmenter les chances de tomber enceinte en ciblant le moment d’ovulation. D’après Dorothea Wunder-Galié, médecin chef de l’unité de médecine de reproduction et d’endocrinologie gynécologique de la maternité du CHUV, ce test est utile, mais fiable en général à 80%. Il indique aussi si la femme ovule ou pas.
  • Infection urinaire – L’utilité de ce test est très moyenne: s’il s’avère positif (présence d’une infection), le patient devra en tous les cas se rendre chez son médecin pour se faire prescrire des antibiotiques. S’il est négatif, la personne reste avec des symptômes inexpliqués.

Ces exemples montrent combien l’interprétation des résultats, même exprimés simplement, reste délicate. C’est d’ailleurs ce qui ressort à la lecture des notices d’utilisation, qui font preuve à cet égard de beaucoup de transparence. Dès lors, à quoi servent-ils puisque les résultats ainsi obtenus manquent de fiabilité tant qu’ils ne tiennent pas compte de la situation clinique du patient? Sans compter que le prix de ces tests (entre 15 fr. et 60 fr.) n’est pas forcément moins cher que des analyses de laboratoire, qu’il faudra en plus refaire chez son médecin. Et, de surcroît, les premiers ne sont pas remboursés par l’assurance maladie!

Elodie Lavigne