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En voiture pour la casse!

Une nouvelle directive européenne prévoit que 95% des composants d’une voiture devront être recyclés d’ici à 2015. La Suisse fait bande à part, jugeant la déconstruction trop chère!

En Suisse, 210 000 voitures environ sont retirées de la circulation chaque année. Un bon quart est exporté en Afrique ou dans les pays de l’Est (voir encadré). Restent quelque 150 000 épaves à éliminer...

Première étape: la casse, où est récupérée une partie des pièces et où devraient être retirés les composants particulièrements polluants – notamment les pneus, la batterie, les huiles et le liquide de refroidissement.

Broyer et incinérer

La carcasse est ensuite acheminée vers un centre de broyage. Il en existe six sur notre territoire, dont Sirec S.A. à Ecublens (VD). Depuis 1996, les résidus de broyage automobiles (RBA) qui ressortent de ces installations ne peuvent plus être stockés en décharge: «La moitié de ces déchets est donc brûlée dans les usines d’incinération des ordures ménagères (UIOM), explique Beat Frey, collaborateur scientifique à la section des déchets industriels de l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP). Le reste est exporté à l’étranger.» Une solution peu satisfaisante sur le plan écologique...

A contre-courant

C’est pourquoi les importateurs d’automobiles ont créé, en 1992, une Fondation pour une élimination des véhicules à moteur compatible avec l’environnement (IGEA). Laquelle a accumulé quelque 110 millions de francs en percevant chez les importateurs une taxe d’élimination anticipée sur chaque nouvelle voiture. Cet argent devrait servir à la construction d’une usine de traitement des résidus de broyage d’ici à environ cinq ans.

«Avec ce projet, la Suisse se situe à contre-courant d’une nouvelle directive européenne prévoyant que, d’ici à 2015, tous les véhicules devront être recyclés à 95%, remarque François Marthaler, directeur du Bureau d’investigation sur le recyclage et la durabilité (BIRD) à Lausanne. La déconstruction est plus logique sur le plan écologique et elle se pratique déjà en Hollande à des coûts tout à fait supportables.»

Conflits d’intérêts

Le président de l’Association des détenteurs de points de collecte des automobiles hors d’usage (Vasso) reste dubitatif: «Difficile de recycler une voiture à plus de 83%, estime Walter Frauenknecht. Car le marché ne permet pas d’écouler toutes les pièces usagées. Les plastiques, en particulier, sont difficiles à valoriser, car le neuf coûte moins cher que le recyclé.»

Et le représentant des démolisseurs est réaliste: «Les garagistes qui proposent à leurs clients d’effectuer les réparations avec des pièces de récupération ne sont pas nombreux, notamment parce que les constructeurs les poussent à vendre du neuf...» Un fait que Livio Biava, administrateur du garage Pré-Fleuri S.A., à Lausanne, ne conteste pas: «Mais c’est surtout pour des questions d’éthique que je refuse de travailler avec des pièces de seconde main, le neuf offrant une meilleure garantie. En mécanique du moins.»

Conclusion: les conflits d’intérêt ne facilitent pas la mise en œuvre d’une solution globale et respectueuse de l’environnement.

Sophie Reymondin