Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

Le 0906 sévit aussi sur Internet

Payer le prix fort pour consulter des sites érotiques, passe. Mais payer le même prix lorsque, ensuite, on surfe sur d’autres sites sans s’en rendre compte, comment est-ce possible?

C’est vrai: François (*) a fait un détour érotique sur Internet. En tapant www.swedishfetish.com, il est tombé sur quelques photos croustillantes et a cherché à en voir un peu plus. Alors il a cliqué, recliqué et rerecliqué. Un peu partout où on le lui demandait, car il maîtrise mal l’allemand. Il le faisait le cœur léger, car il avait quand même lu «ohne Kreditkarte» (sans carte de crédit), ce qu’il a un peu vite assimilé à une offre gratuite. Il est finalement arrivé sur une page proposant des vidéos, ce qui ne l’intéressait pas. Il a donc poursuivi son surf sur des vagues moins coquines, sans plus y penser.

Deux mois plus tard, une seule ligne de sa facture de téléphone représente les deux tiers du total: communication 0906, 1 heure, 253,30 francs! Il n’a jamais composé un tel numéro et conteste donc aussitôt le relevé de Swisscom. Lequel répond très rapidement en expliquant comment notre lecteur s’est fait piéger par un système pourtant tout ce qu’il y a de plus légal.

Nouvel appel discret

Sur la page d’accueil d’un certain nombre de sites érotiques, l’internaute est invité à aller de l’avant en téléchargeant un petit programme sur son PC. Lors d’une confirmation à cliquer, il est précisé – bien entendu en caractères minuscules et de préférence avec des couleurs quasi invisibles – que la minute de surf va désormais être facturée 4, 23 fr. En fait, dès que le programme est activé, la communication Internet normale est coupée et une nouvelle liaison est automatiquement établie avec un numéro 0906...

Le problème – celui qui est arrivé à François et à tant d’autres – c’est que, quand bien même l’internaute renonce à en voir plus et poursuit son surf sur d’autre sites, le compteur continue de tourner à raison de 4, 23 fr. la minute! En effet, la liaison téléphonique n’est interrompue que si l’on quitte le navigateur. Mais ça, il faut le savoir! En ouvrant à nouveau ce même navigateur, la liaison est automatiquement établie avec le numéro de l’opérateur traditionnel, au tarif normal.

Swisscom s’explique

La seule chose qui a sauvé François d’une facture encore plus salée, c’est que Swisscom coupe automatiquement une liaison avec un 0906 au bout d’une heure. Il n’empêche: si l’on peut admettre que des providers fassent payer leurs images érotiques au prix fort, comment peut-on admettre qu’ils continuent d’encaisser 4,23 fr. la minute lorsque l’internaute poursuit son surf, par exemple sur un site de météo?

«Nous sommes conscients du problème et déconseillons vivement d’établir des communications via PC-Dialer ou d’autres programmes de connexion, déclare Thomas Marthaler, avocat au service juridique de Swisscom. Mais comme la communication a bel et bien été établie à partir du raccordement de votre lecteur, qu’il ne s’agit ni d’une erreur de connexion, ni d’un piratage et que toute manipulation de la ligne est exclue, il est malheureusement tenu d’en assumer les frais.»

L’exemple allemand

Peut-être, mais le client ne pourrait-il être mieux informé des conséquences de son surf? «En Allemagne, répond Thomas Marthaler, les providers sont obligés d’ouvrir une fenêtre qui reste affichée en permanence durant la communication, et où sont mentionnés le nom du site consulté, le prix de la minute, la durée écoulée et si la connexion est toujours en cours. Cette fenêtre reste affichée même si l’internaute se déplace sur un autre site. Il sait alors qu’il doit quitter son navigateur pour établir une nouvelle liaison au tarif standard.»

Pas de contrôle

Rien de tout ça en Suisse. Car, contrairement à l’Allemagne ou à la Grande-Bretagne, les sociétés proposant de tels sites ne sont pas surveillées par un organe de contrôle. Thomas Marthaler ne désespère pas d’en créer un, mais réunir sous un même toit les opérateurs et les providers n’est pas une mince affaire en Suisse! «Nous y avons pourtant tout intérêt, conclut l’avocat de Swisscom. Car si les dérapages se poursuivent, le marché s’autodétruira ou sera régulé de façon nettement plus restrictive par les autorités.» Or, ce marché (que personne n’entend – et pour cause – chiffrer avec exactitude) se monte à plusieurs dizaines de millions de francs par an!

Christian Chevrolet

(*) Prénoms d’emprunt.